samedi 21 octobre 2017




Et s'il revenait ? Si le démon s'éveillait à nouveau, si son avis redevenait important ? Me retrouverais-je à tenir conseil avec lui toutes les nuits ? Si je ne savais plus quoi faire, si mes forces et mes certitudes s'envolaient ? Placerait-je à nouveau mes choix entre ses mains ?
Et pourtant il me semble si loin, même une photo ne le rendrait pas plus réel. Son souvenir est devenu vide, creux, je ne suis plus capable de le reconnaître. Il n'est même pas mort, car la mort place les souvenirs sous cloche, non il s'est dissous comme un mauvais rêve.

Un peu comme cet ami d'enfance. Mon "meilleur ami" à l'époque, nous étions inséparables et d'une loyauté indéfectible envers l'autre. Le genre de lien que l'on n'imagine pas voir brisé.
Et pourtant les courants de la vie nous éloignent, rendent nos rencontres plus rares, puis nous séparent tout à fait. D'autres expériences s'accumulent, d'autres rencontres, et cette belle amitié reste à sa place, dans l'enfance.
Des années plus tard je l'ai revu, par hasard. Sans savoir comment je l'ai reconnu instantanément. En fait il n'avais pas changé, juste grandi et forci (sa passion pour le rugby, au contraire de la mienne, n'avait pas décrue). Nous avons échangé quelques mots avant de nous quitter définitivement, à nouveau.
Cela aurait pu être n'importe qui, nous n'avions plus rien en commun depuis longtemps et nous ne nous connaissions pas en réalité. Je ne l'ai pas vraiment revu ce jour là, j'ai vu l'homme qu'il était devenu. L'enfant qu'il était n'est pas mort...il n'est plus.

C'est un peu ce que je ressens, je sais qu'il ne peut pas revenir tel que je l'ai connu, trop de choses ont changé.
Pourtant au fond de moi je l'imagine comme une porte de sortie. La dernière issue, si par malheur j’atteins le fond.

Si ce sourire dans la glace me semble familier, c'est que c'est le mien.




image : faceless by ryan merill

dimanche 20 août 2017

Le Dieu de la guerre



La guerre est une chose complexe, ses origines sont diverses, ses justifications nombreuses. Ses noms aussi : guerre mondiale, coloniale, de conquête, guerre mondiale, psychologique, guerre de religions...
Les contextes sociaux, économiques, en fond des évènement difficiles à analyser, pourtant le but est toujours le même, le résultat est invariable : ressources et territoires. Comme les singes, les ours, les fourmis ou même les bactéries. Peu importe les oripeaux que porte le Dieu de la Guerre, le chemin est toujours le même.
Notre décennie, lassée de la paix laissée par le dernier embrasement mondial, a vu jaillir une violence que l'ont croyait appartenir à l'Histoire : le combat au nom de Dieu.
Nous avons vu Daesh émerger des ruines du conflit irakien, nous l'avons vu rassembler sous sa bannière une multitudes de peuples et d'individus et désigner l'Occident comme l'ennemi à abattre.
Nous, simples citoyens, voyons tout cela par le prisme de l'idéologie. Une vision romantique où ce que nous sommes dérange, notre liberté, nos principes démocratiques. A force de boire et de nous amuser, sans doute les avons-nous provoqués.
"Non vous n'aurez pas ma liberté de penser !" clamons nous dans nos manifestations, persuadés de lutter, à notre niveau, contre le fanatisme et l'obscurantisme. Cette illusion nous préserve de la réalité de notre impuissance. Nous aurions un rôle à jouer dans cette histoire, nous sommes utiles.

Les guerres de religions n'existent pas.
Une idéologie est certes nécessaire pour guider et exalter, mais nous n'avons nul besoin de Dieu pour commettre des génocides. Les fondateurs de Daech ne sont pas des imams ou des théologiens, ce sont d'anciens généraux de Saddam Hussein.
Lorsque l'on parcours des témoignages et des récits on constate vite l'absence de Dieu. La vie des gens, civils ou militaires, est régie par la faim, l'argent, les munitions, les drogues et les médicaments et surtout les opérations militaires. La Charia dont on nous rabat les oreilles n'est qu'un outils de contrôle pour punir ou privilégier, déformable à merci.
Bien sur, celui qui se fait exploser dans une foule pense servir sa foi, mais ce n'est certainement pas la motivation de ses supérieurs. Leur but est d'étendre leur emprise et leur territoire, tout comme le troisième Reich, Napoléon, Attila ou César en leur temps. Cela n'a rien à voir avec une quelconque religion, les ferments idéologiques sont interchangeables car le but ne varie pas, ni la violence mis en oeuvre pour l'atteindre.

Je ne me livrerai pas ici à une analyse géo-politique, mais un bref regard en arrière nous rappelle que l'Occident n'a eu de cesse de déclencher ou d'entretenir des guerres au moyen-orient (pour le meilleur ou pour le pire je ne suis pas là pour en juger).
Mais les conséquences sont là, croyez vous vraiment que ce soit nos salles de concerts ou nos publicités de lingerie qui poussent des terroristes à mourir en martyr ?
Nous ne sommes pas attaqués pour ce que nous sommes, mais pour ce que nous, ou plutôt nos dirigeants, font.

Nous n'y sommes pour rien et nous n'y pouvons rien. Ce n'est que la rançon de décennies d'instabilité et de souffrance. Les historiens du futur étudieront tout cela et penseront, avec le recul : "Comment  ne l'ont-ils pas vu venir ?" tant l'enchaînement des évènements leur paraîtra évident.
Nous ne sommes pas acteurs de ce conflit, nous en sommes les otages.
Le vernis religieux et idéologique nous y implique émotionnellement, mais nous ne pouvons pas plus lutter contre lui que nous n'avons pu lutter contre la crise économique des subprimes.
Face à cette dernière, il nous est apparut évident que nous n'avions aucun rôle à jouer face à des banques qui s'affrontent à coup de milliards de dollars. Nous avons subi, enduré, attendu que ça passe.

Le terrorisme, Daech, c'est exactement la même chose. Des forces et des enjeux qui nous dépassent, le résultat de dizaines d'années de tensions qui explosent. Qui sommes nous, individus, à croire que notre force morale étouffera le volcan ? Non, boire un verre en terrasse ne fait pas de nous des résistants.
Nous ne sommes que des cibles, comme un chien que l'on tue pour atteindre son maître.
Des victimes.






Image : Cult of fire

jeudi 20 juillet 2017

Temps mort






Et le temps ne cesse de passer, il s'enfuit dès que je tourne la tête. Comme un enfant turbulent, à peine ai-je le temps de cligner des yeux qu'il a fait mille bêtises.

Il passe moins vite parfois, chaque seconde est lourde mais elles sont si nombreuses que je n'arrive plus à les compter. Je n'ose pas me retourner, je ne sais pas si je supporterai de voir le mur qu'elles forment derrière moi.

La perception change tellement avec l'âge, il fut un temps où je n'avais pas le temps, chaque année, chaque mois était chargé de choix, d'importance, alors que notre esprit est encore tout mou. Avec le recul je m'aperçois que la porte de l'enfer est dans ma classe, assise à côté de moi. J'aurais pu la franchir à plusieurs reprises, j'ai fait d'autres choix, plus ou moins éclairés, sans avoir conscience des périls qui nous entourent, de notre vulnérabilité.

Je n'avais pas peur, la mort, je l'avais vue, je l'ai regardée avec curiosité, comme un gros coléoptère à la carapace irisée.

J'y ai repensé il y a peu. Je me suis rappelé que tout finit un jour, et j'ai eu peur. J'ai eu peur de mon impuissance, de la fuite, de la perte. Mon sang s'est glacé, lorsque je m'éteindrais, d'autres s'allumeront à peine et s’élanceront à corps perdu dans ce nouveau monde, sans un regard pour celui qui refroidit derrière eux.

Non je n'ai pas peur de la mort, toujours pas, pas plus que je n'ai peur de la vie.

Mais le temps, l'horloger sadique qui nous coince dans ses engrenages, lui ne cessera jamais de me terrifier. Avec sa puissance démesurée, son pouvoir absolu sur nos vies, personne ne le vénère, personne n'ose lui adresser la moindre prière. Nous prions les vents, le ciel, les saisons, le soleil, le créateur ou la mort même parfois. Mais nul temple ne se dresse pour l'Horloge.






image : nagy-norbert-time-golem

mercredi 19 juillet 2017

La clé




Nombreux sont ceux qui ont cherché cette clé. Celle qui ouvre toutes les portes, celle qui répond à toutes les questions présentes et à venir. La suppression du risque, du hasard, du probable. L'avènement du fixe, le connu, prévisible, la certitude.

Nul ne sait à quoi elle ressemble, des savants ont cru la trouver dans les équations qui creusent les rides de leur front. D'autres ont usé leurs yeux sur les livres sacrés, détricotant des citations, assemblant chiffres et lettres pour trouver la formule qui cache Dieu.

Outre les pages et les calculs, nous avons aussi exploré notre être de l'intérieur. Usant de méditations, de prières, d'exercices physiques, de drogues, parfois tout cela en même temps, pour repousser les limites. Voir au delà de la courbe de l'horizon, percer le Voile, ne plus savoir comment, mais pourquoi.

Et ces ombres qui dansent sur le mur de la caverne, personne n'a réussi à trouver la clé. Tout du moins personne n'a pu revenir de cette quête pour partager sa découverte.

C'est dans notre nature de vouloir la transcender, s'élever par nous même au stade suivant, à peine satisfait de ce que nous venons tout juste de conquérir. Nous continueront à chercher, à aller de l'avant. J'espère juste que nous ne trouverons jamais.





image : pi_Martin Krzywinski

mardi 6 juin 2017

Drogue




Vous ne comprenez pas ce qu'est la drogue.

On entendra tout ce qui est possible, à chaque drogue ses stéréotypes. Violent, apathique, illuminé, paresseux, manipulateur et voleur, le drogué aurait l'excuse de la substance.

Mais la drogue n'existe pas en soi, ou plutôt elle est partout car elle n'est pas un produit mais un comportement. Son étymologie incertaine en est une bonne illustration, en fonction des époques et des sociétés cela a pu désigner des épices, des matériaux exotiques, des fournitures de faibles valeurs, des herbes aromatiques ou médicinales ou aujourd'hui des composés chimiques. La notion de drogue est donc très floue, en France par exemple, l'alcool n'est pas perçu comme tel et bien que son caractère addictif ne soit pas contesté, il n'est pas considéré comme manifestation d'un problème social ou personnel.

Une large part de nos médicaments (ou "drugs" en anglais hein), sont constitués de produits psychoactifs qui peuvent engendrer une dépendance, sans que cela ne nous vienne à l'esprit de qualifier de "drogué" un patient, même sous morphine.

De plus la plupart des drogues qui fonctionnent sur nous (comme les opiacés ou les cannabinoïdes) ont un équivalent "fait maison" dans notre cerveau, et nous en recevons des doses quotidiennes. En réalité notre cerveau déverse à chaque instant quantités de substances psychoactives qui régulent nos comportements.





La drogue n'est en fait qu'un jugement social, pas forcément erroné mais conditionné par une vision générale. On reconnait le comportement du camé à certains traits de caractères (qu'il soit héroïnomane ou gros fumeur de cigarette) que l'on attribue sans réserves à la drogue. Mais ce n'est pas la substance en soi qui change la personne, c'est l'engrenage en entier, la dépendance n'en est qu'une partie. Les symptômes seront différends en fonction de chaque personne car nous ne sommes pas égaux sur ce plan. Une multitudes de facteurs influent sur le résultat de la prise de produits. L'éducation, l'appréhension, les attentes que l'on peut en avoir etc... impossible de savoir sans essayer. Certains cherchent le côté festif, d'autres la méditation, d'autres cherchent l'efficacité aui travail, l'évasion, et d'autres ne font qu'assouvir un besoin qu'ils ne peuvent plus ignorer.
Autour de vous vivent pleins de drogués, ils consomment régulièrement de l'alcool ou du tabac, ne se lèvent pas sans un café, ne dorment pas sans un porno, prennent des anti-dépresseurs, conduisent trop vite ou dépensent trop d'argent sur internet. La plupart ont des vies normales, parfois même épanouissantes.

L'addiction est une folie, et comme toutes les folies, c'est une faille qui ne demande qu'à s'élargir. Voilà où se situe la frontière, là où on devient un vrai drogué. Cela n'est pas lié à la substance, ni même à sa quantité mais à notre comportement autour d'elle. Lorsque nos choix à son sujet dégradent le reste de notre vie, comme une névrose envahissante. Certains prennent de la cocaïnes régulièrement en boîte de nuit sans que cela ne les affecte au quotidien, d'autres n'ont pris qu'une trace et ne s'en relèveront jamais tout à fait. De même s'il n'y a pas de vin à table, il n'y en aura toujours plus déçu que les autres...


Bien sur certaines substances ne pardonnent pas, la dépendance peut être physique et violente, mais parmi les myriade de comportements pathologiques que nous pouvons avoir, elles ne sont finalement qu'une minorité. Il n'est pas plus aisé de desintoxiquer un opiomane qu'une anorexique, chaque cas est unique.

Enfin comment ne pas citer le fameux lieu commun : "on prend de la drogue pour fuir la réalité".
C'est une évidence ! Mais n'est pas ce que vous faites quand vous écoutez de la musique à fond en voiture sur une route de campagne ? Quand vous riez avec vos amis autour d'une bière ou que vous partez en vacances ? Ouvrir un livre, dériver sur internet, rester des heures au téléphone ou partir courir quand le soleil se lève.

Finalement, qui aime vraiment ça, la réalité ?






image : andres hurtado - inner struggle

mardi 16 mai 2017

echo

L'échine courbé devant l'autel, le marbre trempé des larmes des supplicateurs. Que le temps se fige car nul n'a le pouvoir d'exaucer vos prières. Les bulles qui éclatent à la surface de vos pensées ne produisent aucun son.
Alors dans le creux de nos crânes, nous amplifions le moindre murmure, le moindre écho. Il nous semble entendre des voix familières, des commandements, des promesses. Elles se font assourdissantes à mesure que l'on y prête attention, comme un nuage de mouches autour de nous. Les dialogues se font interminables, un brouhaha constant qui gêne l'exécution de la moindre tâche. Même isolé de toute présence humaine on les entends rebondir dans nos têtes.
Parfois la cacophonie s'apaise, avec un peu de chance c'est une voix extérieur qui nous calme, distrait notre attention du tumulte. On découvre alors le monde avec une clarté nouvelle, comme celui qui porte ses lunettes pour la première fois. Nos pensées fonctionnent à nouveau, les idées s'enchainent logiquement, avec fluidité, une aisance et un naturel qui nous stupéfie.
Comme toutes les bonnes choses, le moment prendra fin. Suivra un bref moment de silence puis un petit grésillement se fera entendre. Il deviendra rapidement un bourdonnement, comme une grosse mouche. On y perçoit des irrégularités, des montées, des descentes, comme lors d'une conversation.
Et cela recommence, comme être dans un restaurant bondé en permanence, avec l'obligation de se taire.
Il y a d'autres moment où les voix se font moins désorganisées, car il arrive qu'elle remarque notre présence.
Et d'un coup tout le restaurant vous regarde.
Parfois on vous encourage, on crie votre nom avec des mots chaleureux et, bien que cela soit non désiré, la situation pourait-être pire.
Car on peut aussi vous insulter, lister vos défauts et vos erreurs, des listes sans fin de reproches et de regrets répétées jusqu'à la nausée. Les insultes peuvent même devenir des cris, des cris de haine, votre nom hurlé sur tous les tons pendant des heures. Jusqu'à ce que le temps ne soit plus qu'un interminable hurlement, un choeur qui se relaie pour anéantir la moindre trace de silence. Il chasse le sommeil, les gens qui vous entourent, des hurlements permanent dans lesquels on ne peut même plus distinguer le moindre mot.
Les voix de l’extérieur se font de moins en moins perceptibles, trop douces, trop lointaines, le nuage de mouches est trop épais.
Maudit soit le jour où j'ai écouté. Le jour où j'ai voulu savoir ce qu'était ce petit murmure que moi seul entendait.

samedi 22 avril 2017

Liber




A première vue je ne vois qu'une grande plaine, sa couleur claire qui reflète le soleil. J'y aperçois toutes sortes d'animaux, un groupe de fauves lézarde entre les hautes herbes, leur queue s'agitant pour chasser les mouches. Un bruit me fait sursauter,  tout près se déroule une bataille sans merci, des fantassins couverts de boues hurlent en direction d'un blindé pris au piège d'une tranchée. Sous la pluie battante le véhicule explose dans un éclair aveuglant tandis que les balles continuent de fuser.
Je détourne le regard vers une jungle épaisse. Une odeur lourde et humide coule autour de moi, des cris d'animaux et d'insectes surgissent de toute part. Une couleuvre vert émeraude glisse le long d'une branche.
Je souris mais mon regard est attiré par ce réverbère qui couve de sa lumière une place bondée, un soir. Une foule de parapluie se presse, seul un homme au regard fuyant marche à contre courant, le teint blanchâtre et agité de tics, il rajuste sans cesse son haut de forme.
Au dessus de toute cette agitation, sur une colline, la silhouette d'un bâtiment massif se dessine sous la lune. Dans ses couloirs de cellules, le silence n'est brisé que par quelques pleurs ou hurlements apeurés. La seule lumière provient d'une petite loge ou deux infirmières léthargiques rêvent de leur sommeil, les yeux dans le vide. Au fond du couloir, un homme serre contre son coeur une fleur rouge.
Ca me fait penser à l'ambiance de cette cathédrale un peu plus loin, avec cet homme vaincu par ses sentiments, implorant l'enfer de ne pas être sa seule victime.
Je secoue la tête, heureusement qu'il y a aussi cette belle histoire, entre plusieurs mondes, trop nombreux pour que mon regard les trouve tous. Il y a ce roi qui inspire tout un pays, ces héros qui triomphent de tout, la danseuse dans le cercle de feu. Comme un gamin qui escalade le mât du bateau, pour voir au loin l'île que dessine sa carte.
Je ne me souvenais pas que ma bibliothèque était aussi grande.




image : carlos palma cruchaga