vendredi 20 avril 2018

De l'occulte



Un condensé de l'histoire du satanisme, la sorcellerie et des sciences occultes en général. Ce texte ne se veut pas exhaustif et est sans doute bien trop imprécis, mais je n'ai ici aucune prétention d'historien. Le but est plutôt d'éclaircir le mystère qui recouvre ces termes, et les fantasmes qu'ils génèrent.
Remontons aux origines. A l'aube de l'humanité il y avait l'inconnu, l'inexplicable, la mort, les éléments. Nous avons commencé à enterrer nos morts, à comprendre que certaines choses nous échappaient. Certains ont tenté de franchir ce voile, d'ouvrir les portes de leur perception par tous les moyens pour approcher l'univers spirituel.

Il semble que l'humain soit fait ainsi, avec ce besoin de spiritualité, cette recherche constante d'explications. Aux origines il y avait donc la magie, la magie des plantes, des éléments, la mort, les souvenirs.
A mesure que les humains ont progressé en tous points du globe, la magie a occupé plus de places dans leurs sociétés. Il y avait maintenant des guérisseurs, des oracles, des sages-femmes et même des prêtres, en communication directe avec leurs divinités. La magie était alors un joyeux mélange de philosophie naturelle, de medecine, d'astrologie, d'alchimie et de superstitions. Il n'existait alors que la notion de païen, de barbare, l'étranger à la bonne religion ou à la bonne croyance mais la notion d'hérésie n'existait pas.

Puis le christianisme déferla sur la méditerrannée et avec lui la notion de théologie, de dogme, l'étude du divin qui soumet les autres sciences à sa vision.
Car celui-ci diffère du Judaïsme et plus tard de l'Islam sur cette question. Pour les juifs il est important d'être...juif, appartenir au Peuple Elu, les dérives sectaires (au sens religieux du terme) sont donc mieux acceptées.
Pour un musulman la notion d'hérésie est plus proche étymologiquement du terme "innovation", il met en garde le croyant contre toute forme d'ajout au texte sacré, de surinterprétation ou de superflu. Le Coran est ouvert à de multiples interpretations qui ne sont pas soumises à une voix unique, comme celle du Pape pour les chrétiens, la tolérance y est donc là encore plus souple.

Mais l'hérétique de l'époque n'est pas nécessairement un sorcier ou un démon, il s'agit le plus souvent d'un pratiquant des anciennes religions païennes, ou pire d'un orthodoxe ou autre "déviant" du message originel. Il y aurait eu jusqu'au XIV° siècle une certaine tolérance de l'Eglise à l'égard de la magie. Ceci s'explique peut-être par un certains respect des traditions d'origines des terres conquises, en déguisant des fêtes ou des rituels populaires en traditions chrétiennes. De plus les rebouteux, sages-femmes et autres guérisseurs font partie du paysage. Le dogme de l'époque ne croit d'ailleurs pas à la magie, dans le sens qu'aucun humain ne peut être doté de pouvoirs divins tel que commander aux éléments ou voir l'avenir.

A l'époque donc point de sorcellerie ou de satanisme, des personnes mal intentionnées bien sur, des "jeteurs de sort", et des charlatans vendant poisons et toniques naturellement. Mais il n'y a rien de théorisé, les forces du mal ne font pas l'objet d'un culte en soi. On trouve des études mélant philosophie, religion et medecine pour expliquer certaines afflictions comme la mélancolie par des "humeurs noires" ou des mauvais esprits mais il n'y a pas de consensus sur le rôle du Malin. Si certains le voient partout, d'autres ne font qu'évoquer les illusions d'esprits fragiles.
On trouve aussi d'antiques récits arabes ou hébreux mélant divinités locales et Ancien Testament sous forme de poèmes ou de prières. Certains présentent des démons, des rituels pour interagir avec eux, sous une épaisse couche de symbolisme.

Le Mal à l'époque n'a pas le même visage, le diable est même volontier une figure comique ou grotesque, la mort étant l'entrée du royaume de Dieu il n'y est pas associé. La perception de la Mort est d'ailleurs bien différentes lorsqu'on lit les textes de l'époque, les conditions de vie étant rudes, mourir est considéré comme "normal"et n'a pas l'impact qu'on lui connait.

Pour les autorités religieuses, le pire ennemi est l'hérétique, c'est à dire la brebis galeuse dans le troupeau. Celui qui déforme le message divin et l'interprete sans supervision d'un ecclesiastique. L'Eglise les traque tout autant que les Etats, ce n'est que lorsque ces mouvements prirent de l'ampleur (les Cathares pour ne citer qu'eux) que furent instaurés des instances avec beaucoup plus de pouvoir : ce furent les débuts de l'Inquisition. Si leur image dans l'imaginaire collectif est très violente, la réalité en est assez éloignée, l'Inquisition n'avait d'ailleurs aucun pouvoir sur les non-chrétiens.

Le visage de la sorcellerie va toutefois changer radicalement au cours des siècles qui suivirent. Au XIV° siècle, la Peste s'abat sur l'Europe. La mort deviens omniprésente, il faut la fuir, la redouter, on commence à lui prêter les traits d'une faucheuse. La Peste frappe d'abord les forts et les mécanismes de la maladie sont un mystère. L’incompréhension pousse à chercher des coupables à cette punition divine. Le pape Grégoire IX commence également à s'interesser à la sorcellerie, comme une pratique en marge de l'hérésie. Un de ses cardinaux les plus fanatiques (Conrad de Marbourg) théorise alors pour la première fois les nuits de sabbats des sorcières, sur la base de diverses fables et racontars des régions alpines. Car, comme elle l'a toujours fait de manière plus ou moins consciente, l'Eglise agrège de nombreuses traditions, contes et récits. Voila donc mélés sous la même bannières des mythes folkloriques aussi divers que les dames de la nuit, cannibalisme, orgies zoophiles et simples fêtes populaires dans les bois.

La chasse aux sorcières commence, les boucs émissaires présents dans toute sociétés humaines changent de visage : autrefois juifs ou lépreux, on leur préferera dorénavant les femmes âgées et isolées, veuves et/ou riches, parfois des hommes mais surtout des femmes, porte d'entrée du Mal.
A cette époque on trouve des écrits se voulant précis sur les pratiques occultes, mais il ne s'agit toujours que de théories mises au point par des théologiens ou de témoignages/accusations. On ne trouvera rien qui ne soit réellement signé de la main d'une magicienne. Une large part du clergé chrétien n'y croit d'ailleurs tout simplement pas et juge que les sabbats ne sont que des vues de l'esprit et des superstitions.

Mais qu'importe, l'occasion d'exercer son pouvoir est trop belle et aujourd'hui on commence à déméler les enjeux politiques des chasses aux sorcières, comme le renforcement des pouvoirs des évèques, couvert par d'abondantes ordonnances et bulles papales légitimant et théorisant cette répression (à l'époque, un évêque a le pouvoir de lever une armée).

A ce stade il est important de voir l'implication de l'Eglise dans l'élaboration de la figure du Mal et de ses adorateurs, entre autres facteurs politiques et économiques.

Les grands fléaux passent, la science et l'humanisme progressent et les dernières chasses aux sorcières s'éteignent aux XVII° siècle. L'heure est au progrés, l'ésotérisme passe de mode et se trouve plus proche de l'art et de la littérature que de la vie quotidienne.
C'est également à cette époque que surgit la première trace de satanisme théiste. L'affaire des poisons sous le règne de Louis XIV qui plongea la cour dans une étrange ambiance de complots et de chasse aux sorcières.

Il s'agissait d'un groupe d'aristocrates s'étant livré à divers meurtres aux mobiles variés. A ces accusations s'ajoutèrent quantités de témoignages sur des parodies de rituels chrétiens, infanticides, utilisation de foetus avortés et autres sacrifices. S'il est impossible de déméler le vrai du faux (une affaire aussi croustillante ayant générée quantité de fantasmes) il s'agit tout de même du premier cas de messe noire, au sens actuel du terme. Il ne désignait avant que les cérémonies chrétiennes non officielles, privées ou parodiques.

Toujours orienté et influencé par le christianisme, la fascination du Mal se développe dans l'art et la littérature. La mode de l'orientalisme fait également redécouvrir des cultes anciens et mysterieux comme celui de Baal. La science a fait reculer le territoire de la magie, elle est maintenant devenue un jeu d'esprit dans les salons littéraires, ou un délire maniaque chez quelques illuminés religieux et prêtres défroqués.

Le "satanisme" explosa en Europe au XVIII° siècle et particulièrement en France. Le peuple se soulève et abat le réprésentant de l'autorité divine sur Terre. La tête du Roi de France tombe et avec lui tout un système politique et social. Des rivières de sang coulent dans Paris et les grandes villes, les campagnes balayées par la Grande Peur. On instaure la Terreur tandis que l'on guillotine tout ce qu'il y avait de plus sacré, avec un anti-clericalisme inédit dans l'histoire humaine.

Aux yeux des défenseurs des Lumières, catholiques et autres francs-maçons, le violent chaos qui s'est emparé de toute l'Europe à la suite de la Révolution ne peut être exempt d'une présence satanique. Le mot est prononcé, défini, il ne s'agit pas simplement du Mal dont on parlera Baudelaire ou les cardinaux du Pape, il ne s'agit pas de Lucifer qui pêche par orgueil, mais de Satan, au sens premier d'adversaire, d'ennemi de l'humanité.

Dans les décénies suivantes, la société reste indissociable du christianisme mais le pouvoir est aux empereurs (Napoléon entre autres en Europe) qui font d'ailleurs l'objet d'un culte. L'imaginaire se déploie alors davantage et le Mal continue d'alimenter les artistes mais aussi les penseurs et philosophes. Sade parlera longuement des messes noires et il est probable que quelques cercles privés se soient livrés à des orgies occultes. Les rites de certaines sociétés secrètes commes les francs-maçons ont également suscité quantités d'accusations, mais il n'existe en réalité que peu de traces crédibles.

L'occultisme est toujours mélé à la philosophie et à la religion mais aussi aux drogues comme l'opium ou le hashich, à des moeurs sexuelles inhabituelles et à un rejet des normes sociales. Il se teinte aussi volontier de pseudo-sciences comme la tarologie, la numérologie et la para-psychologie naissante.
Cette époque constitue le ferment de la plus grande partie du folklore satanique et magique contemporain car elle voit se developper la conscience de soi, l'individu et ses ressources insoupçonnées (rappellons que les notions "d'individu" et de personnalité n'existent pas au moyen-âge).

Le XX° siècle connait les guerres mondiales, le Mal se fait industriel, mécanique. La guerre, les dictatures et les libérations, la société de consommation et le recul constant des religions. La liste des facteurs à prendre en compte serait trop longue, toujours est-il que ce siècle a vu l'emergence de quantité de mouvements spirituels, Crowley et Lavey en grands théoriciens satanistes, mais aussi les mouvements Wicca, druidiques, hippies, les phénomènes paranormaux, l'Ufologie etc... Tous se plongent dans le passé pour expliquer le présent, ils se réapproprient d'anciens symboles qu'ils interprètent en fonction des besoins de leur idéologie. Plus la preuve est ancienne plus elle est solide, et plus elle est mystérieuse, plus elle est attirante. Les motivations sont nombreuses, il peut s'agir d'une recherche spirituelle en dehors des sentiers déjà connus, des délires d'un gourou ou d'une juteuse exploitation commerciale.

L'exaltation de l'humain comme maître de son destin a changé la donne, l'humain n'est plus seulement au centre de l'univers, il en est le maître et n'a plus besoin de figure divine pour guider sa vie. La société de consommation a joué un rôle primordial dans cette libération de l'égo individuel. D'un point de vue chrétien c'est effectivement une manifestation du satanisme, car l'humain se met à la place de Dieu.

On se plait à comparer ces courants aux grandes religions monothéistes, comme s'ils avaient toujours existés dans l'ombre. Une société secrète immémorielle, qui se transmet ses rituels d'une génération à l'autre, le dogme soigneusement consigné dans un antique grimoire.
La réalité est que contrairement aux grandes religions qui n'ont que peu bougé, ces mouvements occultes, par définition, n'ont jamais eu d'existence réelle, ils n'ont parfois existé qu'en creux, à travers des témoignages. Tout le monde en parle mais personne ne l'a vu, à la manière des monstres qui hantent les forêts. Les grands traités de Démonologie comme le Lemegeton ont été écrits ou rendus publics par des "ennemis" du mal, théologien, religieux et philosophes et non pas d'hypothétiques adeptes.
Au mieux ont-ils donc trouvés une expression dans le cerveau en fusion de religieux fanatiques, d'intellectuels en mal de transgression ou de philosophes.



"Il y a toujours un moment où la curiosité devient un péché, et le diable s'est toujours mis du côté des savants."
Anatole France


Image : Doom

samedi 13 janvier 2018




La vieille leur racontait que du poison tombait du ciel. Il s'infiltrait dans les  racines des plantes, empoisonnait leurs fleurs et rendait les forêts semblables à un cimetière. C'était quelque chose dans l'eau, l'eau qui tombait du ciel.
Rien ne poussait ici, les fermiers ne labouraient que du métal et des os anciens. La Grande Guerre n'était pas encore finie dans les sols de cette contrée, les fusils tiraient toujours leurs balles rouillées et de vieux obus laissaient leurs entrailles corrosives contaminer la terre.

Certaines zones étaient interdites, trop sinistrées. Quelques blocs de pierre, tellement épars qu'on n'oserait les qualifier de ruines, témoignaient des anciens villages. Même les oiseaux ne survolaient plus ces endroits. Le bruits des bombes résonne encore dans leurs gènes.
On pouvait aussi y trouver des tombes de fortunes, le plus souvent érigées avec les armes des mourants. De maigres silhouettes d'armes tordues par la rouille, plantées au dessus d'un monticule. Sous un buisson pouvait se cacher la carcasse d'une pièce d'artillerie, et dans un fossé gorgé d'eau, un vieux char d'assaut qui parait s'y dissoudre.

La nature ne voulait plus d'hommes ici. Le lourd silence n'était qu'à peine troublé par le bruit des quelques animaux sauvages, renards ou chevreuils qui s'y aventuraient. Même eux paraissaient encore plus prudent qu'à l'accoutumée, comme un humain qui entre dans une église ou une bibliothèque. Une herbe vive couvrait chaque aspérité année après année, mais rien ne viens combler les cratères qui grêlent encore chaque parcelle de terrain. Le relief est indéfinissable, ce que l'on prenait pour une butte pouvait se trouver éventrée sur l'autre versant et constituer une large cuvette, et ce qui était jadis une plaine se transformait en d'éprouvant dénivelés ou un interminable détours entre les cratères.
L'abandon était la caractéristiques de toutes choses ici, des habitants aux paysages. Pas même un poteau électrique ni un arrêt de bus. Les seules touches de couleur qu'on peut encore y voir sont les multiples panneaux d'avertissement et d'interdiction de franchir les clôtures de sécurité.
Les habitant y finissaient leur vie, chacun à son niveau tentant de désintoxiquer son pays, retirant ici un bout de ferraille dans un massif de fleur, là signalant la silhouette d'un obus dans une mare.

Personne ne venait, jamais, les cartes n'indiquaient leur présence que pour marquer les zones à éviter aux gens de passage. Les horloges se sont arrêtés il y a plus d'un siècle à présent.
Seule la végétation donnait une idée du temps qui s'est écoulée, et dans la yeux de la vieille qui terminait son histoire, la guerre continuait de faire rage.





Image : Olivier Saint Hilaire - Lieux de mémoires

samedi 21 octobre 2017




Et s'il revenait ? Si le démon s'éveillait à nouveau, si son avis redevenait important ? Me retrouverais-je à tenir conseil avec lui toutes les nuits ? Si je ne savais plus quoi faire, si mes forces et mes certitudes s'envolaient ? Placerait-je à nouveau mes choix entre ses mains ?
Et pourtant il me semble si loin, même une photo ne le rendrait pas plus réel. Son souvenir est devenu vide, creux, je ne suis plus capable de le reconnaître. Il n'est même pas mort, car la mort place les souvenirs sous cloche, non il s'est dissous comme un mauvais rêve.

Un peu comme cet ami d'enfance. Mon "meilleur ami" à l'époque, nous étions inséparables et d'une loyauté indéfectible envers l'autre. Le genre de lien que l'on n'imagine pas voir brisé.
Et pourtant les courants de la vie nous éloignent, rendent nos rencontres plus rares, puis nous séparent tout à fait. D'autres expériences s'accumulent, d'autres rencontres, et cette belle amitié reste à sa place, dans l'enfance.
Des années plus tard je l'ai revu, par hasard. Sans savoir comment je l'ai reconnu instantanément. En fait il n'avais pas changé, juste grandi et forci (sa passion pour le rugby, au contraire de la mienne, n'avait pas décrue). Nous avons échangé quelques mots avant de nous quitter définitivement, à nouveau.
Cela aurait pu être n'importe qui, nous n'avions plus rien en commun depuis longtemps et nous ne nous connaissions pas en réalité. Je ne l'ai pas vraiment revu ce jour là, j'ai vu l'homme qu'il était devenu. L'enfant qu'il était n'est pas mort...il n'est plus.

C'est un peu ce que je ressens, je sais qu'il ne peut pas revenir tel que je l'ai connu, trop de choses ont changé.
Pourtant au fond de moi je l'imagine comme une porte de sortie. La dernière issue, si par malheur j’atteins le fond.

Si ce sourire dans la glace me semble familier, c'est que c'est le mien.




image : faceless by ryan merill

dimanche 20 août 2017

Le Dieu de la guerre



La guerre est une chose complexe, ses origines sont diverses, ses justifications nombreuses. Ses noms aussi : guerre mondiale, coloniale, de conquête, guerre mondiale, psychologique, guerre de religions...
Les contextes sociaux, économiques, en fond des évènement difficiles à analyser, pourtant le but est toujours le même, le résultat est invariable : ressources et territoires. Comme les singes, les ours, les fourmis ou même les bactéries. Peu importe les oripeaux que porte le Dieu de la Guerre, le chemin est toujours le même.
Notre décennie, lassée de la paix laissée par le dernier embrasement mondial, a vu jaillir une violence que l'ont croyait appartenir à l'Histoire : le combat au nom de Dieu.
Nous avons vu Daesh émerger des ruines du conflit irakien, nous l'avons vu rassembler sous sa bannière une multitudes de peuples et d'individus et désigner l'Occident comme l'ennemi à abattre.
Nous, simples citoyens, voyons tout cela par le prisme de l'idéologie. Une vision romantique où ce que nous sommes dérange, notre liberté, nos principes démocratiques. A force de boire et de nous amuser, sans doute les avons-nous provoqués.
"Non vous n'aurez pas ma liberté de penser !" clamons nous dans nos manifestations, persuadés de lutter, à notre niveau, contre le fanatisme et l'obscurantisme. Cette illusion nous préserve de la réalité de notre impuissance. Nous aurions un rôle à jouer dans cette histoire, nous sommes utiles.

Les guerres de religions n'existent pas.
Une idéologie est certes nécessaire pour guider et exalter, mais nous n'avons nul besoin de Dieu pour commettre des génocides. Les fondateurs de Daech ne sont pas des imams ou des théologiens, ce sont d'anciens généraux de Saddam Hussein.
Lorsque l'on parcours des témoignages et des récits on constate vite l'absence de Dieu. La vie des gens, civils ou militaires, est régie par la faim, l'argent, les munitions, les drogues et les médicaments et surtout les opérations militaires. La Charia dont on nous rabat les oreilles n'est qu'un outils de contrôle pour punir ou privilégier, déformable à merci.
Bien sur, celui qui se fait exploser dans une foule pense servir sa foi, mais ce n'est certainement pas la motivation de ses supérieurs. Leur but est d'étendre leur emprise et leur territoire, tout comme le troisième Reich, Napoléon, Attila ou César en leur temps. Cela n'a rien à voir avec une quelconque religion, les ferments idéologiques sont interchangeables car le but ne varie pas, ni la violence mis en oeuvre pour l'atteindre.

Je ne me livrerai pas ici à une analyse géo-politique, mais un bref regard en arrière nous rappelle que l'Occident n'a eu de cesse de déclencher ou d'entretenir des guerres au moyen-orient (pour le meilleur ou pour le pire je ne suis pas là pour en juger).
Mais les conséquences sont là, croyez vous vraiment que ce soit nos salles de concerts ou nos publicités de lingerie qui poussent des terroristes à mourir en martyr ?
Nous ne sommes pas attaqués pour ce que nous sommes, mais pour ce que nous, ou plutôt nos dirigeants, font.

Nous n'y sommes pour rien et nous n'y pouvons rien. Ce n'est que la rançon de décennies d'instabilité et de souffrance. Les historiens du futur étudieront tout cela et penseront, avec le recul : "Comment  ne l'ont-ils pas vu venir ?" tant l'enchaînement des évènements leur paraîtra évident.
Nous ne sommes pas acteurs de ce conflit, nous en sommes les otages.
Le vernis religieux et idéologique nous y implique émotionnellement, mais nous ne pouvons pas plus lutter contre lui que nous n'avons pu lutter contre la crise économique des subprimes.
Face à cette dernière, il nous est apparut évident que nous n'avions aucun rôle à jouer face à des banques qui s'affrontent à coup de milliards de dollars. Nous avons subi, enduré, attendu que ça passe.

Le terrorisme, Daech, c'est exactement la même chose. Des forces et des enjeux qui nous dépassent, le résultat de dizaines d'années de tensions qui explosent. Qui sommes nous, individus, à croire que notre force morale étouffera le volcan ? Non, boire un verre en terrasse ne fait pas de nous des résistants.
Nous ne sommes que des cibles, comme un chien que l'on tue pour atteindre son maître.
Des victimes.






Image : Cult of fire

jeudi 20 juillet 2017

Temps mort






Et le temps ne cesse de passer, il s'enfuit dès que je tourne la tête. Comme un enfant turbulent, à peine ai-je le temps de cligner des yeux qu'il a fait mille bêtises.

Il passe moins vite parfois, chaque seconde est lourde mais elles sont si nombreuses que je n'arrive plus à les compter. Je n'ose pas me retourner, je ne sais pas si je supporterai de voir le mur qu'elles forment derrière moi.

La perception change tellement avec l'âge, il fut un temps où je n'avais pas le temps, chaque année, chaque mois était chargé de choix, d'importance, alors que notre esprit est encore tout mou. Avec le recul je m'aperçois que la porte de l'enfer est dans ma classe, assise à côté de moi. J'aurais pu la franchir à plusieurs reprises, j'ai fait d'autres choix, plus ou moins éclairés, sans avoir conscience des périls qui nous entourent, de notre vulnérabilité.

Je n'avais pas peur, la mort, je l'avais vue, je l'ai regardée avec curiosité, comme un gros coléoptère à la carapace irisée.

J'y ai repensé il y a peu. Je me suis rappelé que tout finit un jour, et j'ai eu peur. J'ai eu peur de mon impuissance, de la fuite, de la perte. Mon sang s'est glacé, lorsque je m'éteindrais, d'autres s'allumeront à peine et s’élanceront à corps perdu dans ce nouveau monde, sans un regard pour celui qui refroidit derrière eux.

Non je n'ai pas peur de la mort, toujours pas, pas plus que je n'ai peur de la vie.

Mais le temps, l'horloger sadique qui nous coince dans ses engrenages, lui ne cessera jamais de me terrifier. Avec sa puissance démesurée, son pouvoir absolu sur nos vies, personne ne le vénère, personne n'ose lui adresser la moindre prière. Nous prions les vents, le ciel, les saisons, le soleil, le créateur ou la mort même parfois. Mais nul temple ne se dresse pour l'Horloge.






image : nagy-norbert-time-golem

mercredi 19 juillet 2017

La clé




Nombreux sont ceux qui ont cherché cette clé. Celle qui ouvre toutes les portes, celle qui répond à toutes les questions présentes et à venir. La suppression du risque, du hasard, du probable. L'avènement du fixe, le connu, prévisible, la certitude.

Nul ne sait à quoi elle ressemble, des savants ont cru la trouver dans les équations qui creusent les rides de leur front. D'autres ont usé leurs yeux sur les livres sacrés, détricotant des citations, assemblant chiffres et lettres pour trouver la formule qui cache Dieu.

Outre les pages et les calculs, nous avons aussi exploré notre être de l'intérieur. Usant de méditations, de prières, d'exercices physiques, de drogues, parfois tout cela en même temps, pour repousser les limites. Voir au delà de la courbe de l'horizon, percer le Voile, ne plus savoir comment, mais pourquoi.

Et ces ombres qui dansent sur le mur de la caverne, personne n'a réussi à trouver la clé. Tout du moins personne n'a pu revenir de cette quête pour partager sa découverte.

C'est dans notre nature de vouloir la transcender, s'élever par nous même au stade suivant, à peine satisfait de ce que nous venons tout juste de conquérir. Nous continueront à chercher, à aller de l'avant. J'espère juste que nous ne trouverons jamais.





image : pi_Martin Krzywinski

mardi 6 juin 2017

Drogue




Vous ne comprenez pas ce qu'est la drogue.

On entendra tout ce qui est possible, à chaque drogue ses stéréotypes. Violent, apathique, illuminé, paresseux, manipulateur et voleur, le drogué aurait l'excuse de la substance.

Mais la drogue n'existe pas en soi, ou plutôt elle est partout car elle n'est pas un produit mais un comportement. Son étymologie incertaine en est une bonne illustration, en fonction des époques et des sociétés cela a pu désigner des épices, des matériaux exotiques, des fournitures de faibles valeurs, des herbes aromatiques ou médicinales ou aujourd'hui des composés chimiques. La notion de drogue est donc très floue, en France par exemple, l'alcool n'est pas perçu comme tel et bien que son caractère addictif ne soit pas contesté, il n'est pas considéré comme manifestation d'un problème social ou personnel.

Une large part de nos médicaments (ou "drugs" en anglais hein), sont constitués de produits psychoactifs qui peuvent engendrer une dépendance, sans que cela ne nous vienne à l'esprit de qualifier de "drogué" un patient, même sous morphine.

De plus la plupart des drogues qui fonctionnent sur nous (comme les opiacés ou les cannabinoïdes) ont un équivalent "fait maison" dans notre cerveau, et nous en recevons des doses quotidiennes. En réalité notre cerveau déverse à chaque instant quantités de substances psychoactives qui régulent nos comportements.





La drogue n'est en fait qu'un jugement social, pas forcément erroné mais conditionné par une vision générale. On reconnait le comportement du camé à certains traits de caractères (qu'il soit héroïnomane ou gros fumeur de cigarette) que l'on attribue sans réserves à la drogue. Mais ce n'est pas la substance en soi qui change la personne, c'est l'engrenage en entier, la dépendance n'en est qu'une partie. Les symptômes seront différends en fonction de chaque personne car nous ne sommes pas égaux sur ce plan. Une multitudes de facteurs influent sur le résultat de la prise de produits. L'éducation, l'appréhension, les attentes que l'on peut en avoir etc... impossible de savoir sans essayer. Certains cherchent le côté festif, d'autres la méditation, d'autres cherchent l'efficacité aui travail, l'évasion, et d'autres ne font qu'assouvir un besoin qu'ils ne peuvent plus ignorer.
Autour de vous vivent pleins de drogués, ils consomment régulièrement de l'alcool ou du tabac, ne se lèvent pas sans un café, ne dorment pas sans un porno, prennent des anti-dépresseurs, conduisent trop vite ou dépensent trop d'argent sur internet. La plupart ont des vies normales, parfois même épanouissantes.

L'addiction est une folie, et comme toutes les folies, c'est une faille qui ne demande qu'à s'élargir. Voilà où se situe la frontière, là où on devient un vrai drogué. Cela n'est pas lié à la substance, ni même à sa quantité mais à notre comportement autour d'elle. Lorsque nos choix à son sujet dégradent le reste de notre vie, comme une névrose envahissante. Certains prennent de la cocaïnes régulièrement en boîte de nuit sans que cela ne les affecte au quotidien, d'autres n'ont pris qu'une trace et ne s'en relèveront jamais tout à fait. De même s'il n'y a pas de vin à table, il n'y en aura toujours plus déçu que les autres...


Bien sur certaines substances ne pardonnent pas, la dépendance peut être physique et violente, mais parmi les myriade de comportements pathologiques que nous pouvons avoir, elles ne sont finalement qu'une minorité. Il n'est pas plus aisé de desintoxiquer un opiomane qu'une anorexique, chaque cas est unique.

Enfin comment ne pas citer le fameux lieu commun : "on prend de la drogue pour fuir la réalité".
C'est une évidence ! Mais n'est pas ce que vous faites quand vous écoutez de la musique à fond en voiture sur une route de campagne ? Quand vous riez avec vos amis autour d'une bière ou que vous partez en vacances ? Ouvrir un livre, dériver sur internet, rester des heures au téléphone ou partir courir quand le soleil se lève.

Finalement, qui aime vraiment ça, la réalité ?






image : andres hurtado - inner struggle